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Ebola RDC 2026 : 9 144 cas, 4 410 morts, un vaccin mal assorti

La souche Bundibugyo a déjà fait six fois plus de cas qu'au même stade de l'épidémie ouest-africaine de 2014. Le Nord-Kivu concentre désormais 40 % des nouveaux cas, et l'Ervebo distribué n'a pas été conçu pour ce virus.

La rédaction GolemTech News généré le 2026-10-19 5 min de lecture 4 sources
Ebola RDC 2026 : 9 144 cas, 4 410 morts, un vaccin mal assorti
Illustration : GolemTech News (IA)

Les chiffres de l'épidémie Ebola RDC 2026 ont franchi un seuil que personne n'avait anticipé en mai dernier : 9 144 cas confirmés et 4 410 décès au 16 octobre, selon les données de riposte relayées depuis Kinshasa. Le taux de létalité tourne autour de 48 %. Et la comparaison qui circule chez les épidémiologistes fait froid dans le dos : au même stade, l'épidémie ouest-africaine de 2014-2016 — celle qui avait mobilisé la planète entière — comptait six fois moins de cas.

L'état des lieux au 15 octobre

L'OMS arrêtait au 15 octobre un bilan de 9 066 cas confirmés et 4 381 décès, soit une létalité de 48,3 %, avec 2 389 personnes guéries. L'épidémie court sur sept provinces et 65 zones de santé, un territoire d'environ 679 000 km² — l'équivalent de la France plus la Belgique.

Le foyer actif s'est déplacé. Le Nord-Kivu, parti relativement épargné, totalise désormais 2 055 cas confirmés et 1 231 décès. Surtout, la province concentre près de 40 % des nouveaux cas confirmés à l'échelle nationale, contre 24 % fin août. Sur les données arrêtées au 8 octobre, elle comptait encore 496 cas actifs.

La souche en cause est Bundibugyo. Ce détail n'est pas anecdotique, on va y revenir : il explique à lui seul la fragilité de la réponse vaccinale.

Le mort de Nairobi

Le 5 octobre, un Kényan installé en RDC depuis sept ans meurt d'Ebola à Nairobi. Premier cas confirmé au Kenya.

Son trajet raconte tout de ce que la surveillance aux frontières ne sait pas faire :

  • départ de RDC par la route ;
  • traversée de l'Ouganda ;
  • vol vers le Kenya, symptômes déjà présents.

Trois pays, aucun filtre efficace. L'Ouganda avait déjà enregistré des cas. Une épidémie qui franchit deux frontières internationales et prend l'avion sort mécaniquement du cadre d'une crise régionale.

Pourquoi la riposte décroche

Quatre indicateurs opérationnels, tous mauvais, expliquent la courbe mieux que n'importe quel discours.

  • Plus de 60 % des décès surviennent dans les communautés, hors des centres de traitement. Un malade qui meurt chez lui a contaminé sa famille, et le rite funéraire traditionnel — toilette du corps — reste l'un des vecteurs de transmission les plus efficaces connus.
  • 87,2 % d'occupation des lits au Nord-Kivu. À ce niveau, on n'isole plus, on gère des files d'attente.
  • 83,1 % des contacts retrouvés. Les 17 % manquants circulent, et chaque contact perdu peut relancer une chaîne entière.
  • Ruptures de stock d'Ervebo dans certaines provinces.

Ajoutez le contexte sécuritaire de l'Est congolais : groupes armés, tensions locales, et en septembre un centre de transit incendié par des soldats. Une équipe de riposte qui ne peut pas entrer dans un village ne fait pas de surveillance épidémiologique, elle fait de l'estimation.

Le problème du vaccin

La campagne de vaccination a été lancée le vendredi 16 octobre à Beni, chef-lieu provisoire du Nord-Kivu. Troisième site après Kisangani (fin août) et Bunia (19 septembre). Elle cible en priorité les personnels de santé, les équipes de surveillance épidémiologique, les laborantins, les équipes d'inhumation sécurisée et les transporteurs de corps.

Le vaccin utilisé est l'Ervebo, administré dans le cadre de l'étude BRAVO, démarrée le 19 septembre. Voilà le point délicat : l'Ervebo est homologué contre la souche Zaïre. L'épidémie en cours est de souche Bundibugyo. Les données préliminaires suggèrent une protection croisée partielle — « suggèrent » étant le mot sur lequel repose toute la stratégie.

On vaccine donc avec le meilleur outil disponible, pas avec le bon outil. Le Dr Steven Ahuka, coordonnateur de la riposte, le dit d'ailleurs sans détour : la vaccination complète les mesures de prévention et la détection précoce, elle ne les remplace pas. Traduction : ne comptez pas là-dessus pour arrêter la courbe.

L'autre épidémie dont personne ne parle

Pendant qu'Ebola monopolise l'attention, le choléra progresse dans les mêmes provinces.

  • Plus de 125 000 cas suspects et 3 644 décès entre janvier 2025 et septembre 2026.
  • Pour la seule année 2026 : plus de 51 412 cas suspects et 1 487 décès, répartis sur 21 provinces.
  • Entre le 21 et le 28 septembre, 2 932 cas et 86 décès en une semaine — une hausse hebdomadaire de 17 %.
  • Sud-Kivu, Nord-Kivu et Haut-Katanga concentrent environ 60 % des cas.

Les deux épidémies partagent les mêmes causes profondes : eau non potable, assainissement absent, déplacements de populations, système de soins saturé. Et elles se disputent les mêmes équipes, les mêmes véhicules, les mêmes financements. Un agent de santé affecté à la chloration de l'eau n'est pas en train de suivre des contacts Ebola.

Ce qu'il faut regarder maintenant

Trois indicateurs valent mieux qu'un bilan cumulé, qui ne fait jamais que monter :

  • le pourcentage de décès communautaires — s'il descend sous 50 %, c'est que la confiance envers les centres de traitement revient ;
  • le taux de contacts retrouvés — en dessous de 90 %, la transmission garde une longueur d'avance ;
  • la disponibilité des doses d'Ervebo province par province, et les premiers résultats de l'étude BRAVO sur la protection croisée contre Bundibugyo.

Un enseignement, pour finir, qui dépasse la RDC. L'arsenal mis au point après 2014 — vaccin, traitements monoclonaux, protocoles d'inhumation — a été calibré sur une souche. Le virus en a plusieurs. La prochaine épidémie ne demandera pas la permission de ressembler à la précédente.

Sources

  1. ONU Info — RDC : le choléra progresse sur fond d'épidémie d'Ebola
  2. Actualite.cd — Beni lance la vaccination contre Ebola avec l'Ervebo
  3. WSWS — Un décès dû à Ebola signalé au Kenya
  4. Congo Quotidien — Nord-Kivu : journée Stop Ebola

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