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Étude Mentalo : 49 % des filles en détresse, 23 % des garçons

L'Inserm a suivi 20 000 jeunes de 11 à 24 ans pendant deux ans. Le bien-être s'effondre à l'entrée au lycée, et l'écart entre filles et garçons double.

La rédaction GolemTech News généré le 2026-10-15 6 min de lecture 4 sources
Étude Mentalo : 49 % des filles en détresse, 23 % des garçons
Illustration : GolemTech News (IA)

Il y a des études qu'on lit en diagonale, et il y a l'étude Mentalo. Publiée le 8 octobre 2026 par l'Inserm et l'Université Paris Cité, elle a une qualité rare en santé mentale des jeunes : elle ne photographie pas, elle filme. Les mêmes jeunes, interrogés à répétition depuis mai 2024. Et ce que montre le film n'est pas une stabilisation, c'est une pente.

L'étude Mentalo a mobilisé environ 20 000 participants de 11 à 24 ans, recrutés dans toute la France, outre-mer compris. Karine Chevreul, qui pilote le projet, en tire une conclusion que la communauté pédopsychiatrique répète depuis des années sans être entendue : près d'un tiers des jeunes interrogés présente un risque de détresse psychologique modérée à sévère.

La descente, année scolaire par année scolaire

Le chiffre le plus parlant n'est pas un pourcentage global, c'est une suite.

  • 63 % des collégiens déclarent aller bien ou très bien ;
  • 50 % des lycéens ;
  • 44 % des étudiants et jeunes travailleurs ;
  • 30 % des jeunes sans activité.

Le décrochage se joue au lycée. Pas à la puberté, pas à l'entrée dans la vie active : au moment où l'orientation devient un verdict, où la note devient un rang, où Parcoursup entre dans les conversations de famille. Le chiffre de 87 % de jeunes déclarant ressentir une pression à la réussite scolaire, relevé dans la couverture de l'étude, dit tout du climat.

Et le mouvement d'ensemble ? En juin 2024, près de six jeunes sur dix se disaient bien ou très bien. Deux ans plus tard, ils sont moins de quatre sur dix. Une cohorte qui vieillit de deux ans perd vingt points de bien-être déclaré. Ce n'est pas un effet de mode méthodologique, ce sont les mêmes personnes qui répondent.

Filles, garçons, non-binaires : trois courbes qui divergent

C'est là que Mentalo frappe le plus fort.

  • 49 % des filles présentent un risque anxio-dépressif ;
  • 23 % des garçons ;
  • 67 % chez les jeunes non-binaires, le taux le plus élevé de l'étude.

Un facteur deux entre filles et garçons. Et surtout, chez les collégiennes, un effondrement brutal : 66 % se disaient bien en 2024, elles sont 37 % en 2026. Perdre vingt-neuf points en deux ans chez des adolescentes de 11 à 15 ans, ce n'est pas une fluctuation, c'est une alerte.

Deux prudences avant de conclure trop vite. D'abord, les questionnaires de détresse captent mieux l'expression du mal-être que le mal-être lui-même : les garçons souffrent souvent en se taisant, ou en s'agitant, et ressortent artificiellement épargnés par ce type d'outil. Ensuite, la surreprésentation des jeunes non-binaires n'a rien d'une fatalité identitaire — elle mesure un environnement, c'est-à-dire des moqueries, des familles, un regard.

Les écrans, enfin traités comme une question de dose

Mentalo évite le piège habituel du débat écrans. Pas de verdict binaire, mais une relation dose-effet : plus le temps d'écran augmente, plus le risque d'altération de la santé mentale augmente, et l'effet est plus marqué chez les plus jeunes utilisateurs.

Ce que ça change dans la discussion :

  • un collégien de 12 ans à cinq heures de TikTok par jour et un étudiant de 22 ans à cinq heures d'écran ne sont pas dans la même situation ;
  • l'âge de départ compte probablement plus que le volume total ;
  • la causalité reste ouverte — l'adolescent qui va mal se replie sur son téléphone autant que le téléphone le fait aller mal. Une cohorte longitudinale commence à pouvoir démêler ça, et c'est précisément pour ça qu'elle existe.

Aucun chercheur sérieux de Mentalo ne vous dira qu'interdire l'écran règle le problème. Les données disent plutôt : la dose n'est pas neutre, et l'exposition précoce est le point sensible.

La solitude, variable la plus brutale du lot

40 % des jeunes interrogés déclarent se sentir seuls. Et chez eux, le niveau de santé mentale est jusqu'à trois fois inférieur à celui des autres.

Trois fois. Aucune autre variable de l'étude n'a un effet d'une telle amplitude. Ni le genre, ni le statut scolaire, ni les écrans pris isolément. C'est l'isolement relationnel qui structure tout le reste.

Le paradoxe est connu mais il reste vertigineux : une génération en contact permanent, qui se sent seule. Un fil de messages n'est pas une conversation. Deux cents abonnés ne font pas un ami à qui on raconte une mauvaise nouvelle à 23 heures. Beaucoup de jeunes décrivent exactement ça — entourés d'interactions, à court de liens.

Des fractures géographiques et sociales que personne ne devrait découvrir

Mentalo documente aussi trois lignes de rupture :

  • l'outre-mer, où la situation est décrite comme alarmante ;
  • la précarité, les jeunes en difficulté matérielle apparaissant nettement plus vulnérables ;
  • l'inactivité, avec ce taux de 30 % de bien-être chez les jeunes ni en études ni en emploi.

Ce dernier groupe est le plus invisible. Il n'est ni dans un établissement scolaire ni dans une entreprise, donc hors d'atteinte de l'essentiel des dispositifs de prévention, qui passent justement par l'école ou le travail. On cible les jeunes là où ils sont rangés, pas là où ils souffrent.

Les limites, parce qu'il y en a

Mentalo recrute en ligne, sur volontariat. Un jeune qui accepte de répondre pendant deux ans à des questionnaires sur sa santé mentale n'est pas tiré au sort dans la population : il est probablement plus concerné, plus réflexif, parfois plus en difficulté. Les pourcentages absolus doivent donc être lus avec précaution.

La force de l'étude est ailleurs. Dans les comparaisons internes — collège contre lycée, filles contre garçons, seuls contre entourés — et dans l'évolution temporelle d'un même groupe. Ces écarts-là ne s'expliquent pas par un biais de recrutement.

Et maintenant ?

La cohorte court jusqu'à décembre 2026. Les vagues suivantes diront si la chute se poursuit ou si elle marque un plateau, et c'est la question qui compte vraiment : si le bien-être continue de baisser, aucun dispositif de soin actuel ne pourra absorber le volume.

Deux chantiers sortent directement des données. Le lycée, parce que c'est là que la courbe casse — et ce n'est pas d'une affiche qu'il s'agit, mais de la manière dont on évalue et dont on oriente. L'isolement ensuite, parce que c'est la variable la plus déterminante et, accessoirement, la seule sur laquelle un adulte autour d'un jeune peut agir sans attendre un rapport interministériel. Un repas, un club de sport, un groupe où quelqu'un remarque votre absence.

Les chercheurs n'ont pas rendu des recommandations politiques. Ils ont rendu des chiffres. Charge à d'autres de ne pas les ranger.

Sources

  1. CNews — Un tiers des jeunes présentent des symptômes anxieux ou dépressifs
  2. Concours Pluripro — L'étude Mentalo révèle le poids de la pression scolaire
  3. Ministère de l'Enseignement supérieur — Étude Mentalo
  4. L'Étudiant — 87 % des jeunes ressentent une pression à la réussite scolaire

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